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Ecrivain ch. j.f. jolie

Je souhaite à mes lecteurs une mort lente et douloureuse.
Je souhaite à mes lecteurs de se tenir éloignés des enfants.
Je souhaite à mes lecteurs que leurs femmes grossissent et à mes lectrices que leurs mecs les trompent.
Je souhaite à mes lecteurs des problèmes d'impuissance ou d'infertilité.

Je souhaite à mes lecteurs, une bonne lecture!

Lecteur, n'oublie pas de vivre ta vie plutôt que de la lire ou de l'écrire.

Vendredi 25 mai 2007

            Hiver 1955. Times Square et ses lumières. Les taxis jaunes et les Buicks de toutes les couleurs. Au cinéma l’Astor, on projette « Vingt-mille lieues sous les mers ». Ca tombe bien car il pleut averse ce matin. Les gens arpentent les trottoirs, la plupart abrités sous l’un ou l’autre parapluie illusoire. Un homme, les mains plongées dans les poches de son épais manteau noir, marche seul, la cigarette au coin de la bouche. La pluie qui redouble d’intensité ne semble pas le gêner. Tout au plus, craint-il qu’une goutte téméraire éteigne la cigarette. Auquel cas, il s’arrêterait, pousserait un soupir pas vraiment exaspéré mais, disons, de circonstance. Avec un geste de fumeur professionnel, il ferait glisser son briquet-Zippo entre ses doigts et rallumerait son fumigène. Mais, pour l’instant, il n’a pas à le faire. Il marche d’un pas décidé mais pas pressé pour autant. La vie n’est pas une course de vitesse mais bien un marathon. Néanmoins, ce n’est pas une raison de traîner ; sous la pluie de surcroît. Tandis qu’il s’enfonce vers le cœur de Broadway, il pense à ce que la journée lui réserve. Un rendez-vous avec une mignonne au Jerry’s Bar et surtout le cours de danse dispensé par Katherine Dunham. Là, il lui faudra s’accrocher. Tous ces pas. Faire attention au rythme. A la grâce. Etre conscient de son corps et des limites de celui-ci. La cigarette se consume lentement tandis qu’il remonte le col de son manteau pour protéger son cou de la pluie incessante. Quelque chose semble attirer son attention. Il lève la tête vers l’immeuble à côté duquel il avance, de son pas toujours égal. Qui voit-il ? La photo ne le dit pas. L’homme qui marche ainsi sous la pluie s’appelle James Dean et cette photo de Dennis Stock est l’une des plus célèbre du XXe siècle.

            L’Ange pouvait rester des heures à contempler cette photo. Il n’aurait pas su dire pourquoi. Le mythe de James Dean, l’Ange s’en foutait complètement. Pour lui, Jimmy resterait un acteur prometteur qui ne faisait guère plus que d’imiter Marlon Brando et qui avait cette mortelle tendance à rouler beaucoup trop vite en bagnole. Ce n’était pas non plus Broadway qui le fascinait. Il ne s’était jamais, étant enfant, imaginé lire son nom sur les affiches, devant les théâtres. Il ne s’était jamais dit qu’un jour, des milliers de gens se déplaceraient de tous les côtés de la ville juste pour le voir jouer Shakespeare ou Tennessee Williams. Pour ça, l’aspect reconnaissance des autres, l’Ange avait les pieds sur terre. Pour ce qui était du reste, cela restait à voir. A quoi bon tenter de percer le mystère de cette photographie une fois de plus, toute tentative d’explication de ce qui lui plaisait en elle était vaine. Comme la vie, se dit l’Ange. Vaine comme la vie. Cette existence humaine si brève, si fragile. Une seconde avant ma mort, je vivrai encore, répétait souvent son père. Il n’avait pas tort. Une seconde avant que l’Ange ne lui tranche la carotide avec un couteau de cuisine, son père tabassait encore sa mère.

Par Jérémie Tholomé - Publié dans : jthowords
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Vendredi 25 mai 2007
Le texte "Puzzle" a été écrit pour une personne particulière. Si elle lit ces lignes, qu'elle sache que je l'embrasse et que je la remercie pour ses encouragements. Les parties 2, 5 et 7 sont jugées trop privées que pour être publiées ici. Je compte sur la bienveillance des lecteurs. Merci à vous.
Par Jérémie Tholomé - Publié dans : jthowords
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Vendredi 25 mai 2007

     Le matin est là. La lumière pénètre dans la chambre. Frappe son visage. La chaleur. Elle ronronne. Passe la main dans ses cheveux. La laisse glisser sur son coup. Ses seins. Son ventre. Encore vingt minutes. Vingt minutes de plus à dormir. Lutte contre le temps. Vingt tours de trotteuse pour oublier les pleurs d’une vie. Se lever et partir comme si de rien n’était. Comme si rien n’avait d’importance. Comme si le cœur n’était pas fissuré.

 

 

     Qu’ils crèvent donc ! Je les emmerde, eux et leurs sales regards. Leurs mauvais gestes. Je les emmerde. Je leur crache à la gueule tout ce venin qui croupit en moi depuis trop longtemps. Depuis que les yeux s’arrêtent sur mon corps. Depuis qu’on me sert du mademoiselle et qu’on m’offre mes verres. Fils de putes ! Que l’ange noir les emporte et qu’on ne m’en parle plus jamais.

 

 

     Les vingt minutes s’écoulent. Lentement. Sans heurt. Dehors, le va-et-vient estudiantin trouble légèrement le chant des oiseaux. On doit s’affairer au théâtre. Le chagrin se noie dans l’apaisement qui règne dans cette chambre. Sur ce matelas. Dans ce petit corps tenté entre paradis et enfer. Le téléphone sonne. Déjà. C’est sans importance. Tout passe.

 

 

     Je veux crever. Je veux retourner la peau sur le squelette. Qu’on me crève les yeux, qu’on me transperce de lames rouillées. Qu’on me foute la paix. Rien n’a d’importance. Je veux crever. Je suis une putain. Il n’y a que le vide. Il n’y a rien là-haut. M’arracher les doigts et les cheveux. Retourner à la chair inerte.

 

 

     Les vingt minutes sont passées. Elle pousse un long soupir. Sans joie ni tristesse, elle se lève. S’habille. Prend son sac. Sort. Elle sourit tandis qu’elle presse le pas qui la mène à la gare. Un nouveau jour commence.
Par Jérémie Tholomé - Publié dans : jthowords
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Vendredi 25 mai 2007

     C’est l’histoire d’une fille. Tu parles d’une nouveauté… J’en ai écrit plein. Je suis pas le seul. Y’a plein de mecs à qui c’est arrivé. Ils ont rencontré une fille et on écrit dessus. Et le plus marrant, c’est qu’ils sont persuadés que cette fille est la plus belle des filles du monde. Alors ils écrivent là-dessus. C’est l’histoire d’une fille, la plus belle fille du monde. Même que ça fait vendre. Ouais. Ce genre d’histoire « boy-met-girl » ça fait vendre et pleurer. Et le mieux c’est quand tu as si bien écrit qu’on adapte tes mots au cinéma avec des gens payés pour ça, pour dire tes mots, avec de l’émotion comme ils disent. Parce qu’il faut bien savoir que c’est l’émotion qui fait vendre. Parce que le mec qui a rencontré la fille, la plus belle fille du monde, he bien, cette rencontre le transporte, le touche, l’émeut, l’attendrit, lui fait se sentir bien, léger, aérien. Voilà : aérien.

 

     C’est l’histoire d’une fille, la plus belle fille du monde, je l’ai rencontrée, je me sens aérien.

 

     Quand j’étais petit et très con. Ce genre d’histoire. He bien ça me faisait rêver. Puis j’ai grandi… Et je ne sais pas si… Tu vois, je ne sais pas si c’est un mal ou un bien mais j’ai comme un goût de cynisme dans la bouche et dans le cœur par rapport à ces relation homme/femme. Tu crois que j’ai raison ?

 

     Peut-être que je rate quelque chose… qui sait ?
Par Jérémie Tholomé - Publié dans : jthowords
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Vendredi 25 mai 2007

     Il n’en restera rien. Mot après mot. Après maux. « Je glisserai vers le néant. » Sans bruit. Petite souris perdue dans un monde de chat. Mais c’est autours d’elle, petite chose fragile, que les matous tournent, jusqu’au vertige. Il n’en restera rien.

     La cigarette roule entre ses doigts. Son regard se voile. Elle me remarque. Sourit. Ecoute. Poliment. Elle s’en fout. Elle écoute. Comme il faut. Comme il se doit. Sans faire de vague.

 

     « Ne te fais pas remarquer » lui disait sa mère quand elle était en âge d’aller à l’école ou à l’anniversaire d’un copain. Mais elle, elle n’a pas écouté sa mère. Personne ne l’entend. Alors elle n’écoute plus.

 

     La cigarette s’éteint doucement dans le cendrier bleu. Les cendres volettent gaiement, portées par le vent. Elle rit. La tentation. Si grande. Violente. Comme un coup porté aux temporales. Comment l’exprimer ?

 

     Un mot. Son prénom. Et tout part de là. Tout ce chemin parcouru. Ces détours. Ces impasses. La lassitude. Tout s’envole. Semble s’envoler. Semble. Joli boomerang. Trompe-l’œil. Ne serait-elle qu’une illusion de plus ? Poétique utopique ?

 

     Et les bulles dans l’eau pleine de bulles ? Et les promesses de fin d’été ? Le sourire des enfants ? Le père Noël, son traîneau et les elfes ? Serait-ce mensonge ?

 

     Quoi qu’il arrive. Soit arrivé. Arrivera. Il n’en restera rien.

 

Par Jérémie Tholomé - Publié dans : jthowords
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Vendredi 25 mai 2007

J’aime les trains. J’aime prendre le train. Etre à l’abri derrière la vitre du train. Sur la vitre du train. Sur la vitre du train, les douleurs s’écrasent. Et ça fait comme un amas de couleurs. Les douleurs écrasées sur la vitre des trains, eh bien ça fait surgir des couleurs irréelles. C’est pour cela et pour bien d’autres choses (encore plus complexes, encore plus tordues, encore plus scabreuses) que j’aime tant les trains.

            Mais il y a quelque chose qui me déplait. Dans les trains. Quelque chose me déplait. Bien que je les aime. J’aime les trains. Pourtant. Pourtant. Quelque chose me déplait. Surtout quand je fais le trajet entre Louvain-la-Neuve et Liège. Généralement. Déjà. Ca me déplait. Habituellement. Mais aussi. Exceptionnellement entre Louvain-la-Neuve et Liège. Ce qui me déplait tant c’est l’interdiction de fumer. La prohibition de la cigarette. Le bannissement de la volute. Surtout quand je suis stressé. Quand par exemple, j’ai un rendez-vous. Oui, un rendez-vous. Un rendez-vous amoureux ou professionnel. Légal ou illégal. Quand par exemple, cela m’arrive d’avoir ce genre de rendez-vous, eh bien, eh bien, je suis stressé. Alors je stresse dans le train, eh oui ! Et j’ai envie d’en griller une. Mais dans le train je ne peux pas. Même en entrouvrant la petite lucarne qui est (souvent) coincée. Même en ouvrant la lucarne, on ne peut pas fumer dans les trains. Même quand on n’est pas stressé, on ne peut pas.

Et si. Et si on allait fumer dans les toilettes qui sentent les toilettes des trains ou la voisine du dessus qui sent comme les toilettes des trains. Oui. Oui ! OUI ! On va aller fumer des les toilettes du train. Enfin… ça c’est l’idée de départ. La théorie, en quelque sorte. Parce que si l’on allait vraiment fumer dans les toilettes du train, on encourrait des risques socialement intenables. Comme par exemple le risque que le contrôleur s’en aperçoive avant que l’on soit arrivé à Liège ou ailleurs. Auquel cas, je l’imagine courir, le contrôleur, dans les couloirs du train, devenir tout rouge, rugissant et bouillonnant, humant les voyageurs pour essayer de savoir qui a fumé dans les toilettes du train et qui, par là-même, a gâché l’odeur des toilettes du train. Parce qu’il faut bien se rendre compte d’une chose : les contrôleurs tiennent à ce que les toilettes du train sentent perpétuellement l’odeur des toilettes du train ou l’odeur de la voisine du dessus. C’est trop risqué. C’est trop de pression. Et en plus, on est déjà stressé.

Et puis. Et puis en plus. Aller fumer dans les toilettes des trains est déjà en soi quelque chose de trop dangereux. Même si il n’y avait pas de contrôleur ou si celui-ci avait déjà bu son litre de rouge. Il faut s’avoir (entre parenthèses) que sur la ligne Leuven – L.L.N. sévit un contrôleur complètement mort-torché-bourré-défracté-débranlé à partir de onze heures du mat’ et que j’adore être dans le train quand il est là parce que je me dis qu’avec lui comme contrôleur, je pourrais aller fumer dans les toilettes du train sans craindre sa fureur tant il est mort-torché-bourré-défracté-débranlé à chaque fois. Mais. Mais je ne le fais pas. Je ne vais jamais fumer ma clope dans les toilettes du train même lorsque ce contrôleur-poivrot est en charge du train dans lequel je voudrais fumer ma clope dans les toilettes du train. Tout cela justement à cause de l’odeur des toilettes du train. De tous les trains. Ceux qui vont à Liège comme ceux qui vont à Charleroi-Sud et même ceux qui vont à Anvers-Central. Question de prévention : il est important de rappeler que le tabac, la nicotine et les additifs présents dans la cigarette ne deviennent nocifs qu’en état de combustion, c’est-à-dire lorsque la cigarette est allumée. J’ajouterais quand même que je doute fort qu’il soit très bon pour la santé de les manger ou de se les insinuer par un orifice telle que l’oreille (ou autre). La combustion de la cigarette et ses composants merveilleusement toxiques déclenche l’apparition de magnifiques volutes bleutées qui n’est rien d’autre que de la fumée de cigarette. Le problème c’est que toute fumée provoque, à long terme (Dieu merci !), la venue d’un sacré problème de santé, à savoir, le cancer. Mais là n’est pas la question et puis le cancer n’est qu’une théorie fumeuse inventée par des gens jalousant la fortune des fabricants de cigarettes. Il a été prouvé que dans une infimité de cas, un arrêt cardiaque soudain est constaté chez une personne venant de fumer une cigarette même s’il s’agit de la première cigarette de sa journée ou même de toute son existence. Et là où je veux en venir, c’est que je suis conscient de cela. Je sais tout cela. Je l’ai appris. On me l’a dit. J’en ai rit mais je sais que cela est vrai. Mais même… Ce n’est pas pour cela que je n’irai pas fumer dans les toilettes du train. Si je ne vais jamais fumer dans les toilettes du train, je l’ai dit plus haut, c’est à cause de l’odeur des toilettes du train qui sentent comme les toilettes des trains et comme la voisine du dessus. Si une cigarette ou sa combustion peuvent tuer instantanément (je le répète, c’est rare mais cela arrive) quelque chose en moi me dit que l’addition du tabac, de la nicotine, des divers goudrons, de l’azote, du sucre, de la cannelle (si, si, je vous jure !) contenus dans la cigarette ainsi que l’odeur des toilettes du train plus le stress que je ressens quand j’ai rendez-vous à Liège ou ailleurs, eh bien tout cela est très dangereux. Je pense, oui je pense que je pourrais y rester. Et je veux pas crever. Enfin, si, dans l’absolu, si mais pas dans les toilettes du train qui sentent les toilettes du train ou comme la voisine du dessus.

Comme je l’ai dit, j’aime les trains. On apprend plein de choses sur la vie dans le train. Sur une banquette longue, on peut caser trois personnes en moyenne. Sur les courtes, deux. Les banquettes vont par deux. Deux paires de longues, six personnes ; deux paires de courtes, quatre. Il existe deux subtilités. Près d’une porte donnant sur la plate-forme, la double paire de longues est amputée d’une place (cinq personnes) et derrière la cabine du conducteur, à l’avant ou l’arrière du train, on ne peut y mettre qu’une banquette courte (deux personnes). Avant, il y a avait un siège individuel près de la porte, dans la partie longue du wagon. Ce siège se rabattait comme au théâtre ou au cinéma. Et il y avait deux sièges individuels près des portes de sorties du train, sur la plate-forme. Mais je n’ai plus vu ces trains depuis longtemps. Evidement, il existe encore des modèles de trains plus anciens comme les trains à deux étages ou les trains où les premières classes sont biens moins confortables que les secondes classes des trains actuels et je n’ose imaginer la déception du gars qui se paye le luxe de la première classe, parce qu’il vient de passer une journée de merde et qu’il veut être seul, et qui doit prendre l’un de ces vieux trains. Et puis il y a les trains internationaux comme le Thalys et l’Eurostar qui sont chouettes parce que ils sont dotés d’un bar même si des prix prohibitifs y sont pratiqués. Ça a quelque chose de classe d’aller au bar du train, comme dans les vieux films avec Bernard Blier. Quand je suis au bar du Thalys, je pense souvent à Bernard Blier. Comme on ne peut toujours pas y fumer…

Puis, il y a un truc que j’aime vraiment beaucoup dans le train. Entre les deux paires de banquettes évoquées plus haut, il y a la tablette fixée sous la fenêtre. J’adore cette tablette aux couleurs criardes. J’en entends qui disent toujours que les années 80 sont mortes, eh bien ceux-là n’ont jamais pris le train. Donc, j’adore cette tablette. Une fois sur quatre, en moyenne, je l’utilise pour écrire des poèmes commerciaux qui plaisent aux filles et une fois sur dix, elle me sert à poser le papier enveloppant mon sandwich car j’aime bien manger mon sandwich dans le train. Mais ce que j’aime par-dessus tout, c’est m’approprier la tablette quoiqu’il arrive. Quand je monte à Limal dans le direct pour Louvain-la-Neuve, je sais pertinemment que les trois-quart des gens descendront à Ottignies et que j’aurai toujours au moins une double paire de banquettes longues pour moi tout seul. Quand cela arrive, j’étale tout ce que je possède sur la tablette aux couleurs criardes : journal, bloc notes, bic, paquet de cigarettes, briquet, lunettes, bouteille d’eau, etc. de sorte que tout l’espace de la tablette soit recouvert par mes effets personnels ce qui fait que la tablette aux couleurs criardes m’appartient à moi seul entre Ottignies et Louvain-la-Neuve. Petit à petit, le train s’emplit des voyageurs venant de Charleroi, Namur et Bruxelles. La double paire de banquettes longues est maintenant occupée mais la tablette m’appartient intégralement. Je domine. Je suis bien. Je respire profondément et j’oublie mon envie de cigarette.

Par Jérémie Tholomé - Publié dans : jthowords
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Mardi 1 mai 2007

     - « O si ses yeux pouvaient s’être fermés pour toujours à cette lumière vile ! Je n’ai que trop peur qu’elle s’éveille. »
     Tu m’étonnes mon ange que tu as peur… Moi aussi j’aurais peur. Se taper le mec d’une autre, tu trouves ça classieux ? Tu crois que c’est un joli geste ? Tu me diras que c’est aussi la décision du mec et tu auras mille fois raisons. Mais bon… Je ne sais pas…
     Tu n’es que cela selon toi ? Celle avec qui l’on pèche ? Celle a qui l’on pense tandis que l’on s’insinue dans une autre ? Tu n’es que cela ? Une cinquième roue ? Un troisième sein ? Es-tu le masque à oxygène auquel tout le monde se cramponne lorsqu’un avion en perdition s’écrase dans un océan de larmes ?
     Et ton père ? Et ta mère ? Ils seraient heureux de savoir ce que tu fais ? A ton avis ? Savoir que c’est par ta chatte que les amours fanent ? Ca les rendrait fiers ? Pourraient-ils décemment vanter tes mérites à la voisine, celle dont le fils unique est chirurgien et sauve des vies ?
     De la chair. Morceau de viande tendre. Tous les jours remis sur le grand grill de la tromperie. Du mensonge. Des cendres froides. Du rimmel qui finira toujours par couler sur ton visage. De la chair. Les yeux qui se révulsent. Le corps qui se contracte. De la chair.
     Tu me diras que tu n’es qu’une putain parmi les putes et tu auras raison. Tu me diras que la vie est comme ça et encore une fois tu auras raison. Je ne trouve rien à redire à cela. Un cœur saigne et il n’y a pas de mots. Tout à la fin tu souffleras un dernier je t’aime comme on peut gueuler aux étoiles qu’on emmerde le monde. Tout à la fin. Pas avant. Tout à la fin.

Par Jérémie Tholomé - Publié dans : jthowords
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Mardi 1 mai 2007

Ce matin je regarde Ambre endormie près de moi. J’observe son joli visage. Tout corps beau tend à le rester. Ambre est belle et elle le sait. Je l’ai rencontrée en rue un jour de février où il faisait beau. De loin j’avais cru reconnaître une fille. En m’approchant je m’étais rendu compte que ce n’était pas celle que je pensais mais comme j’étais lancé… Depuis je vois Ambre régulièrement. Ce que j’aime chez elle ? Sa plastique. Ce qu’elle aime chez moi ? Mes compliments sur son intellect. Ce qu’elle aime chez elle ? Ses seins mais pas ses fesses. Ce que j’aime chez moi ? Rien. Ambre est un passe-temps. Ambre comble le vide de mon existence. Ambre représente cette éternité comprise entre dix-neuf heures et huit heures. Ambre est la matérialisation esthétique de mon ennui. Avant je pensais qu’avoir une jolie girlfriend donnerait un sens à ma vie. Je me suis trompé là-dessus aussi. Comme sur plein d’autres choses. Comme sur tout en fait. Il règne dans sa chambre un bordel de tous les diables. Bouteilles de tequila. Paquets de cigarettes. Capotes. Où est ce foutu portable ? Je ressens chaque matin le besoin de vérifier si le numéro de Clotilde se trouve toujours dans la mémoire du téléphone. Jamais je ne l’appellerais mais son numéro me rassure. Le papier-peint rouge de la pièce m’attaque sévèrement les yeux. Il faudrait vraiment qu’elle change de couleur murale. Si ça continue je serai obligé de la ramener chez moi ce que je répugne à faire. Et mon intimité alors ? Soudain je me sens pris au piège. Ce ne sont que ces deux bras autours de mon torse et sa tête posée dessus. J’espère qu’elle ne bave pas. Je n’ai manifestement pas bien dormi. Il y a longtemps que je ne compte plus mes nuits perturbées. J’aime ces moments où elle dort encore. Je dois en profiter car bientôt elle se réveillera et voudra me parler. Et j’avoue que j’ai du mal à l’écouter. Je voudrais qu’elle se taise. Je voudrais qu’elle soit juste belle. C’est déjà bien d’être juste belle non ? Mais elle tient à parler. Elle n’en démord pas. Elle a lu dans un magazine qu’un couple ça doit parler. Sinon un couple ça meurt. Et ça Ambre ne le veut pas. Elle s’est de son propre aveu beaucoup attachée à moi. Moi qui toujours selon elle suis tellement drôle et mignon et cultivé et drôle mais oups je pense que je l’ai déjà dit. Tais-toi Ambre tais-toi ! Bientôt elle se réveillera et je vais encore avoir du mal à jouer mon rôle de garçon drôle et mignon et cultivé et drôle. Je le sais je le sens la journée s’annonce difficile. Avec amour feint je m’arrache à son étreinte endormie et pose son visage sur l’oreiller en prenant garde de ne pas la réveiller. J’enfile mon caleçon et mon peignoir. Assis au bord du lit je me penche pour chercher une cigarette. L’ayant trouvée je la porte à ma bouche d’un geste dénué de tout artifice. Un geste de fumeur professionnel. Mon seul vice auto-destructeur. Du moins en apparence. C’est mentalement que je me fous en l’air. C’est en sortant avec des filles comme Ambre que chaque jour je creuse ma tombe un peu plus profondément. Je lève la tête à la recherche d’un briquet. J’en avise un à l’autre bout de la pièce. Il est là tout jaune sur son tabouret à me narguer. Putain je sens que je vais devoir me lever si je veux un peu d’air pur dans cette chambre moite et surchauffée. Ambre a toujours peur d’avoir froid. Ambre n’a que deux peurs. Avoir froid et prendre du cul. J’ai toujours trouvé que sa peur d’avoir froid entrait en complète contradiction avec sa manie de s’habiller de façon trop légère. J’aime cela aussi chez elle je crois. Quand ses deux neurones lui envoient des informations divergentes et que je suis là pour la voir s’embrouiller. Je consens à me lever du lit pour traverser la pièce et allumer ma clope. J’étouffe. Je me traîne à la fenêtre que j’ouvre allègrement en me foutant d’Ambre et du courant d’air froid qui risque à chaque instant de la réveiller. Je sais qu’elle réclamera un baiser. Elle n’a que ça à la bouche. Comme si l’amour se résumait à cela. Et gare à moi si elle ne ressent aucune passion dans cet acte qui est pour moi purement mécanique. Le chant des oiseaux me monte déjà à la tête. Je ne suis bien qu’en ville ou à la rigueur à la côte. Par contre la campagne m’a toujours donné envie de boire furieusement. Pour couronner le tout il fait un temps de merde. Grand soleil. Pas un nuage dans le ciel. Je sens qu’elle va me traîner dehors pour une ballade. Même que je prédis qu’elle me tiendra la main. C’est en contemplant l’horizon azurée dont je ne peux que reconnaître humblement la beauté manifeste que j’entends le bruissement des draps derrière moi. Je lève les yeux au ciel en signe de dépit et balance négligemment dans la rue ma cigarette devenue mégot. « Ferme cette fenêtre j’ai froid !» Ambre émerge et se redresse entièrement nue sous son drap unique qui a bien du mal à cacher sa poitrine. La vie pourrait être pire… « Tu ne m’embrasses pas ? » … je pourrais être daltonien.

Par Jérémie Tholomé - Publié dans : jthowords
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Mardi 17 avril 2007

     ET PUIS IL a bien fallu se lever. Toujours plus facile à dire. Se laver. Se récurer le corps. Frotter. Frotter. La peau devient rouge. Le rouge s’étend sur la peau blanche. Le savon pénètre. Pénètre. Lave. Epure le corps. Enlever la crasse. La crasse s’évapore par le trou de la douche. Il faut être beau. Besoin d’être beau pour plaire aux autres. Sinon on ne plaira pas aux autres. Les autres. D’autres corps frottés. Rouges. Savon. Sinon on finira par ne plus se plaire soi-même. Alors on plaira encore moins aux autres. Plaire. Alors on finira tout seul. Seul avec un chat. Seul avec un chien. Et on crèvera. Et ce jour-là quand on crèvera le chien hurlera à la mort comme le font ces bêtes-là. Sauf. Sauf si l’on a un chat plutôt qu’un chien. Quand on crèvera. Seul bien sûr. Le chat s’en foutera.
     Mais on n’en est pas là. Il reste du temps avant tout cela. Et puis peut-être bien que ça n’arrivera pas si l’on continue de frotter. Frotter. Jusqu’à s’en faire mal. Avec la peau qui rougit de plus en plus. Tout cela n’arrivera pas si l’on se torche avec vigueur. On continuera à plaire aux autres. Si l’on se torche avec grâce on s’aimera. Oui on s’aimera soi. S’aimer soi-même. Si l’on se torche on s’aimera. Mais oui ! Il faut s’aimer soi-même et être aimé par les autres. Pour que rien de tout cela n’arrive. Pour que rien n’arrive il faut se frotter et se torcher. Pour s’aimer. Il faut s’aimer. Aimer. Pour que rien n’arrive.

Par Jérémie Tholomé - Publié dans : jthowords
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Samedi 14 avril 2007

Je rentrerai tard
A l’heure où les anges
Pansent leurs plaies
Et où les
Brigands se
Savent moches
Tourmentés par
La somme algébrique
Des exactions perpétrées
Sur la route
Cendrée de la vie
Estropiée
Il y aura là
Guidant mes pas
Une prostituée unijambiste
Venue de la froide Russie
A la recherche éperdue
Des euro-sesterces
Qui d’un anglais parfait
Saupoudré comme il se doit par l’accent
Da
Me fera visiter tour à tour
Une discothèque à la mode
Un bar-lounge
Et un théâtre aux froides moulures
Tout d’abord choquée
De m’entendre parler
Une autre langue
Que le toscan
Elle se rasséréna
Quelques instants plus tard
Lorsque je lui offris
Ma dernière cigarette
Fardeau cancérigène inutile
Elle et moi nous apprêtons à vivre
Une aventure littéraire immorale
Déclinée comme il se doit
En trois volumes
Mais
Mais oui
Elle se mit à tousser
Et à tousser encore
Jusqu’à ce que son slave visage
Vire au cramoisi
Puis au violacé
Et dans une ultime
Toux sanguine
M’exhorta à toujours
Laisser entrer la lumière
Les prostituées russes unijambistes
Lorsqu’elles meurent atrocement
Ne se départissent jamais
De leur douce ironie printanière

Par Jérémie Tholomé - Publié dans : jthowords
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