Il était, en outre, ahurissant de constater que les post-humains entretenaient encore des relations entre eux. Peut-être cela vous parait-il évident, vous qui lisez mais, dotés de leur technologie portable masturbatoire, c’était loin d’être une évidence, ces interrelations post-humaines…
Et tout ceci aurait pu me rendre un semblant de sourire. J’imagine que cela aurait pu me rendre une once de foi en l’humanitas. Oui, si j’étais resté un observateur lointain. Malheureusement pour moi, je suis toujours poussé à creuser plus loin mes théories.
Ainsi, si l’on prend le temps de gratter sous le verni des rapports post-humain, on peut aisément être terrassé par l’horreur, le dégoût, la forte dépréciation de nos semblables.
Je t’aime tu m’aimes il aime elle aime nous aimons vous aimez ils aiment elles aiment je t’aime tu m’aimes il m’aime elle m’aime nous nous aimons vous vous aimez ils s’aiment elles s’aiment je ne t’aime plus elle m’aime tu l’aimes ? je m’aime nous nous aimons vous vous aimiez il se sont aimés je t’aime tu m’aimes ? il l’aime elle l’aimait je t’aime il m’aimait vous l’aimez ? vous l’aimiez ? vous l’aimerez nous nous sommes aimés vous aimez je t’aime ils s’aimeront je t’aime tu m’aimes ? nous aimons vous aimez je m’aime tu m’aimes ? ils s’aiment je t’aimais…
Deux-mille ans d’histoire et il ne reste que cela. Triste. Leurs maisons isolées, estampillées « développement durable » avec leurs satanés panneaux solaires tellement friables qu’il faut remplacer l’installation si une de leurs idiotes d’hirondelles annonciatrice du printemps comme moi du naufrage de vaisseau humain, s’écrase telle une cigarette sur les-dits panneaux solaires, ne sont qu’autant de cavernes déguisées.
Ainsi, l’indigne descendant du singe qui lui descend de l’arbre a inventé un mot concept, qu’il a nommé verbe, afin d’y réduire tous ses soi-disant problèmes tout en adjuvant, dans le même putain de verbe, toutes les soi-disant solutions afin de guérir tous ses soi-disant problèmes.
Je t’aime tu m’aimes il aime elle aime nous aimons vous aimez ils aiment elles aiment je t’aime tu m’aimes il m’aime elle m’aime nous nous aimons vous vous aimez ils s’aiment elles s’aiment je ne t’aime plus elle m’aime tu l’aimes ? je m’aime nous nous aimons vous vous aimiez il se sont aimés je t’aime tu m’aimes ? il l’aime elle l’aimait je t’aime il m’aimait vous l’aimez ? vous l’aimiez ? vous l’aimerez nous nous sommes aimés vous aimez je t’aime ils s’aimeront je t’aime tu m’aimes ? nous aimons vous aimez je m’aime tu m’aimes ? ils s’aiment je t’aimais…
Mais au fond, l’homme et le post-homme savent tous deux que l’amour est un peu bidon. Un peu… tout petit peu… sur les bords… carrément, quoi ! Un des premiers à s’en rendre compte fut un petit mec nommé Diogène Laërce. Malheureusement pour lui, les moyens de contraceptions de l’époque n’étaient pas vraiment au point et ses parents, pour passer leur rage d’avoir malencontreusement conçu ce gosse, lui donnèrent le nom de Diogène, pour se venger. Mais là n’est pas mon propos. Donc, je vous emmène dans l’Antiquité, l’époque du bien-nommé Diogène Laërce. Cet homme se rend compte, comme tout le monde au moins une fois, que l’amour c’est du pipeau (comme le chante très bien l’excellente Brigitte Fontaine, ndla) et donc, parce que cet homme était en fait un profond pré-humaniste, se dit que pour sauver la face de sa race il va falloir donner le change et transmettre quelque chose de plus concret que la notion d’amour aux générations futures.
Alors le petit Diogène s’interroge… que faire… que faire… je ne suis qu’un petit grec, se lamente-t-il, que puis-je inventer ? Ne trouvant rien, il oublia l’idée de créer quelque chose à transmettre à l’humanité. Un beau jour de mai, pour se détendre et parce qu’il était un vrai rigolo ce Diogène, il décida d’étudier mathématiquement les triangles !
Il faut savoir qu’à la même époque, un gars nommé Pythagore (fichu moyens de contraceptions archaïques !) avait balancé une théorie révolutionnaire dans le petit monde fermé du triangle en avançant que dans le cas d’un triangle rectangle, le carré de l’hypoténuse est égal à la somme des carrés des deux autres côtés. Pythagore était une grande gueule, un rebelle comme plus tard, Che Guevara le deviendrait ! Bref, Pythagore était une rock star et sa théorie rebelle lui permettait de s’acheter de superbe toges dont il se drapait de façon non-conformiste.
Le petit Diogène adulait véritablement Pythagore à tel point qu’il copiait la façon dont Pythagore s’habillait et Diogène s’échinait à plisser sa toge de la même façon. Il lui arrivait même d’inventer des histoires dont Pythagore était invariablement le héros. Pythagore sauvant un enfant des crocs d’un loup. Pythagore escaladant un marronnier à l’aide de ses dents, etc. La meilleure histoire fut sans doute celle où Diogène imagina un dialogue entre un général d’armée et Pythagore.
Le général d’armée, pantois d’admiration devant Pythagore, lui demande : « Où vas-tu chercher ton génie ? Pourquoi es-tu si intelligent ? Comment fais-tu pour interroger les choses ? Quel est ton art, grand Pythagore aux ongles manucurés ? »
Là-dessus, Pythagore répond : « Je ne connais pas d’art mais je suis philosophe. » Le général est ébahi : « Philosophe, olala, mais quel est l’origine de ce mot nouveau ? » L’autre répond : « Le philosophe est celui qui ne recherche pas la gloire, la considération publique, l’appât du gain, la reconnaissance. Il cherche, par un libre examen, à comprendre comment les choses ont lieu et comment elles se passent. Les philosophes sont les amis de la sagesse. »
Ou le benêt du coin, selon moi. Enfin… Le petit Diogène trouva que cette histoire était la meilleure qu’il n’avait jamais inventée. Il faut dire que ce jour-là, il avait été faire un petit tour dans la vigne de son voisin et avait vidé moult amphores de vin rouge, servant d’exemple pour tous les autoproclamés « artistes » qui dorénavant, gaspilleront leur talents, tous les soirs dans les tavernes. Enfin…
Diogène trouva son histoire tellement belle qu’il se mit à la raconter à tout le monde si bien, que d’Athènes à Sparte, tout le monde ne parlait plus que de la sagesse, de la philosophie et des bienfaits du vin. Diogène avait réussi son pari de faire croire que l’humanité pouvait être capable de penser à autre chose qu’à l’amour de l’autre !
Et plein de mecs ont acheté ce concept de philosophie pour oublier les soi-disant problèmes humains qui font tellement rire les êtres bien plus évolués, venus de galaxies lointaines, très lointaines… Le plus célèbre d’entre ces mecs s’appelait Socrate. Lui, la philosophie, il faisait semblant d’y croire dur comme fer et je pense même qu’à force d’en parler, il oublia que cela n’était qu’une histoire de pochetrons. Il s’en foutait un peu parce que faire de la philosophie ça lui donnait l’occasion de faire chier tout le monde sur la place publique athénienne et d’organiser des beaux banquets jusqu’au jour où il fit une overdose de ciguë, le LSD de l’époque. Ensuite, de Platon à Bernard-Henri Levy, plein de gens, de génération en génération, se mirent à pratiquer la philosophie, discipline presque aussi bidon que la psychanalyse, inventée pour faire croire que l’homme ne se résumait pas à des histoires d’amours.
Aujourd’hui, rien n’a changé, la post-humanité ne vaut pas grand-chose, l’amour est toujours considéré comme le problème et la solution à celui-ci et la philosophie est enseignée dans toutes les écoles supérieures et universités de la Communauté Française de Belgique !