Quand je l’ai sentie
S’approcher de moi
Tandis que j’attendais
Affalé sur un banc
Le train retardé d’un matin d’été
J’ai su de façon
Instantanée que les ennuis
N’avaient pas finis de me harasser
Et la voilà qui se met
Pourquoi je ne sais
A me parler de sa mère éthylique
De l’aspirateur anaphylactique et de
La gamelle du chat neurasthénique
Qui fuit en son milieu
De sorte que lorsque la gamine
Rempli à ras-bord le-dit récipient
Le liquide s’échappe prestement
Et j’étais toujours étendu sur ce
Foutu banc
En me demandant pourquoi cette gamine
Tenait tant à me parler à moi
Alors que des gens se font payer pour écouter
Les malheurs des gens je devais
En ce matin d’été
Subir ces gémissements sans rétribution aucune
Et tout ceci a dégénéré lorsqu’elle
A remarqué que dans le fond j’étais
Assez joli garçon et que d’après elle
Je savais très bien écouter même que
Toujours selon ses dires j’étais
Le seul qui la comprenait vraiment
Et moi je me retenais de lui dire
Qu’elle et moi on n’était pas vraiment
De la même limonade au vu du fait
Avéré que moi-même j’étais plutôt whisky
Et que si la gamine et moi étions vendus en supermarché
On ne nous trouverait pas vraiment dans le
Même rayon et pas vraiment au même prix
Trop cher de toute façon quoi qu’il puisse en être
Et ça tournait dans ma tête comme les manèges
De la kermesse à Limal quand j’étais petit garçon
Et que je tombais tout le temps malade
Et la voici qui disserte sur le fait qu’un garçon et qu’une fille
C’est pas tout à fait pareil quand on y pense parce que
Ca ressent les choses différemment
Et au loin j’entends le sifflement du train pendant
Que la gamine s’égosille de plus belle
Et je me dis que si elle monte dans le train je vais devoir
La subir jusqu’au prochain arrêt au minimum
Et comme je ne peux résolument m’y résoudre
Vu que dans ma vie j’avais souffert dès ma naissance
Et étant né prématurément ma seule solution fut celle-ci
Pousser la gamine volubile sur les rails étincelant sur lesquels
S’étalent à présent ses huit litres de sang
Et tandis que chaque soir
L’infirmière câline me donne mes pilules
Dans ma tête j’entends encore sa voix
La voix de la gamine volubile aplatie par le train un matin d’été